Conference Topics
Axe 1 – CONFRONTATION DE THEORIES
Comme chaque année, nous souhaitons prendre un temps pour la définition des notions elles-mêmes et les références théoriques de nos interprétations. Nous souhaitons voir développer quatre pistes de conceptualisation, particulièrement utiles pour le thème traité.
Les modèles économiques dans la communication et les médias.
Il peut sembler naïf de poser la question des logiques marchandes des
médias en les opposant aux logiques solidaires, car les médias représentent
un secteur économique plein, avec ses réussites et ses difficultés :
le livre électronique et l’édition en ligne face aux libraires sur Internet,
l’économie défaillante de la presse écrite cherchant à résister dans
un contexte où les moteurs de recherche se livrent une lutte sans merci
pour dominer l’accès à l’information sur le réseau, les positionnements
des chaînes de télévision prises dans des logiques concurrentielles
qui débordent toute bonne volonté journalistique. Dans ce domaine, y
a-t-il d’autres solutions que l’intégration à un marché ? Certaines
initiatives se présentent comme un autre modèle économique, par exemple
le mouvement des logiciels libres, d’archives ouvertes, des constructions
collaboratives comme Wikipédia. Peut-on réellement parler d’une différence
des modèles économiques sous-jacents ? Les modèles alternatifs ont-ils
une chance réelle de survie ?
Les modèles éthiques
Faire référence à la solidarité revient à revendiquer une base éthique.
Faut-il opposer l’éthique et l’économie ?
Il y a des réflexions éthiques en communication. Elles portent souvent
sur la déontologie du journaliste, la place de l’éthique dans la publicité
ou la communication des organisations, la recherche d’une certaine équité
internationale dans les équipements technologiques ou d’accès à la connaissance,
la construction de relations éthique entre citoyens. Il serait intéressant
de situer ces recherches dans un cadre de référence précis, d’analyser
systématiquement les apports des auteurs utilisés pour leur pensée éthique
(Hans Jonas, Jürgen Habermas, John Rawls…). Quelles approches de l’éthique
sont utilisées en communication ? Lesquelles pourraient l’être ? Les
apports potentiels de la phénoménologie, de l’intuitionisme ou du réalisme
moral pourraient après tout être interrogés, comme les théories du don
ou celles de la justice.
Les modèles de la relation et du lien social
La communication s’est construite sur l’analyse des interrelations,
qu’elles soient personnelles, de groupes, ou manifestées dans des institutions.
Nous pourrions donc nous demander quel est l’apport spécifique de notre
discipline, quel est son regard particulier sur ces phénomènes autrefois
classés dans la psychologie, la psychologie sociale ou la sociologie,
voire l’histoire des institutions.
La solidarité peut être décrite comme processus personnel, une manière
individuelle d’être, mais elle dépend aussi de phénomènes collectifs.
Par exemple l’autorité du rassembleur, le pouvoir du leader, de celui
qui parvient à entraîner une décision, là constituer et organiser un
groupe d’influence. Il y a donc des acteurs particuliers de ce que l’on
nomme le lien social, que ce soit dans la vie publique ou dans les entreprises.
Axe 2 - FIGURES DE LA SOLIDARITE
Nous suggérons une première liste non exhaustive de la manière dont le thème de la solidarité peuvent être traités dans notre discipline. Nous avons retenu le traitement des grandes causes sociales et environnementales, mais d’autres propositions peuvent être faites.
La thématique du durable et du citoyen dans les organisations
Les congrès, conférences et colloques sur la citoyenneté des entreprises,
leur responsabilité sociale ou environnementale (parfois les deux),
la publication de leurs chartes éthiques se multiplient depuis quelques
années. On peut les considérer comme des effets de communications, des
campagnes publicitaires, l’attestation d’une certaine conformité à ce
qui est « économiquement correct ». On peut interroger l’impact concret
de ces déclarations. Mais il existe aussi d’autres pistes : par exemple,
lorsque notre discipline travaille sur les modes de mise en visibilité
des entreprises du troisième monde ou l’émergence de réseaux d’acteurs
en économie des fonctionnalités, elle se situe aussi dans des représentations
de la citoyenneté de l’entreprise. Nous pouvons donc attendre dans cette
section soit des analyses de chartes ou des effets de communication
autour du développement durable, soit un déploiement de tout ce qui
constitue une relation responsable des organisations à leur environnement
et leurs salariés, en dehors des effets de mode.
Les figures de la solidarité dans le discours médiatique.
Les thèmes du développement durable, de la solidarité écologique, du
traitement social des minorités ou celui de la moralisation de l’économie
sont aussi des grandes figures du discours médiatique, dans tous les
supports existants. Il existe donc des « figures de la solidarité »
qui peuvent être soit des héros individuels, de grands témoins suivis
dans leur action, soit des problèmes construits comme relevant de la
solidarité. Cette construction est l’une des manières de structurer
une opinion publique sur ces thèmes.
Marketing, publicité des ONG et associations
Les ONG et associations caritatives utilisent pour leur communication
toutes les techniques du marketing, adoptent les logiques de séduction
de la communication : il faut faire pleurer ou séduire pour obtenir
des dons. L’image est fréquemment sollicitée. D’ailleurs, c’est compréhensible
: les réalités solidaires ont besoin d’argent pour se déployer et les
ONG sont aussi un secteur d’emploi et un domaine économique. Les organisations
travaillant dans la solidarité ne sont pas indemnes de ces distances
évoquées plus haut, entre les affirmations éthiques et les réalités,
entre principes de solidarité et pratiques effectives. Des travaux sur
ces réalisations et des réflexions sur cette ambiguïté seront les bienvenues.
Axe 3. LA SOLIDARITE COMME ALTERNATIVE A L’OPINION PUBLIQUE
Comment des élans de solidarités peuvent-ils se manifester dans un
univers médiatique de plus en plus spécialisé par cibles distinctes,
un univers médiatique qui fractionne les publics, lorsque c’est la société
qui se morcelle ? Il existe des canaux (chaînes, radios, journaux) totalement
étanches aux questions solidaires, d’autres qui les portent par tradition,
et sans doute une multitude de canaux mixtes, réagissant ponctuellement
à un événement humanitaire ou posant une question de solidarité lorsqu’ils
sont pris dans un mouvement médiatique général. Le système d’influence
est alors intéressant à observer, comme la construction d’une problématique
humanitaire, citoyenne ou solidaire, dans ces canaux qui représentent
une opinion publique moyenne.
Pour qu’il y ait une mise en visibilité médiatique des faits de solidarité,
il doit y avoir des projets collectifs ou solidaires, des causes qui
nous dépassent en tant qu’individus. Quelles formes ont-ils aujourd’hui
et comment s’expriment-ils, quelles voies de communication empruntent-ils,
quels médias les font circuler ?
Parmi ces projets collectifs, il y a l’Europe. Nous traitons déjà de
cette question à notre manière, par exemple en analysant la communication
des institutions de l’UE ou en nous interrogeant sur le regard que nous
portons les uns sur les autres en tant que pays, tel que ce regard est
lisible dans les médias. Nous pourrions encore nous situer dans une
période historique plus longue, et interroger les systèmes d’influence,
qu’ils soient réciproques ou dominants.
